Ametonyo Silva

 

[ Résidence labo octobre 2025 ] avec Maxime Guedaly

Entre le 6 et le 26 octobre 2025, nous avons habité l’Atelier Refuge sur le Sentier des lauzes à Saint-Mélany, en Ardèche. Pour rencontrer le terrain, marcher, danser et fabriquer des temps communs, nous, le chorégraphe Ametonyo Silva et le photographe Maxime Guedaly, en collaboration artistique depuis 2023, avons mis en relation nos pratiques situées. Lors de ces jours de résidence, nous avons eu plusieurs généreuses rencontres avec l’équipe de l’association et quelques habitant·e·s, ainsi qu’avec Anaïs Legris, Rebecca Lasselin et Mel García Lueches, qui nous ont rendu visite à différents moments de notre séjour.

 

Ces textes, images, cartes-postales, vidéos et fanzine sont des traces apparues lors de ces semaines partagées. Nous vous invitons à reparcourir cette expérience avec nous :

 

Maxime Guedaly et Ametonyo Silva 
 

Les châtaignes, omniprésentes, du sol à l’iconographie locale en passant par le tissu économique du village et ses évènements festifs, se sont révélées comme la constellation qui a guidé notre relation avec le terrain. En convoquant ses présences, nous avons ainsi pu écouter des histoires de famille, partager des souvenirs à travers des photos, goûter des plats locaux et observer les gestes propres à sa récolte.

La recherche qui sous-tend ce tissage relationnel consistait par la même occasion à chercher l’éthique spécifique au cadre de la résidence : comment répondre à l’invite d’une restitution en déjouant le répertoire de l’efficacité extractiviste/productiviste quand on veut fabriquer une proposition in situ ?

Être avec a été notre réponse. Avec les vivant·e·s de ce territoire. Avec nos corps en mouvement et le désir d’enchanter nos expériences partagées.

Nous avons ainsi proposé une grande après-midi festive autour de la châtaigne, notre Rencontre Labo. Initiée par une marche chorégraphique suivie d’un repas collectif, ponctué de gestes dansés et installations participatives sous la forme de performances furtives. Autant de voies de réenchantement du regard que les habitant·e·s portent sur leur paysage intimement lié au devenir de ce fruit qui les entoure au quotidien.

La résidence se clôture avec la partage d’une sélection de ces images imprimées sous forme de cartes postales ainsi que d’un fanzine, comme autant de graines de futures correspondances qu’il appartient à chacun·e de faire germer.

Fanzine réalise par Ametonyo au cours de la résidence
 
vidéo 1 : boscàs, silence des bogues_étude du 11 oct 25, théâtre des lauzes. Vidéo enregistrée par Ametonyo Silva.
 

jour 4 le jeudi 09 octobre 2025, ametonyo

 

je marche vite la tête en bas en regardant le sol avant que la nuit tombe je ne peux pas me blesser je marche vite pour arriver vite ces grosses pierres ces pierres pointues assombro j’ai peur de marcher à cette heure tout seul j’ai une lampe dans ma tête sa lumière éclaire le chemin les feuilles brillent you haunted me last night j’ai peur j’ai vu un animal qui montait la pente je ne sais pas à quoi cela ressemble un sanglier qui continue à côté de moi je marche encore plus vite je ne regard pas autour de moi la tête en bas tout droit des châtaignes par terre par tout je ne peux pas me blesser assombro j’ai peur je veux tourner ma tête deux lignes une jaune une blanche c’est ici il fait nuit des arbres plus verts ces mots traversent mes pensées j’arrive au théâtre je m’approche je tourne autour de moi je veux rester dans cette sensation cela me frappe me frêne me assombra m’enchante j’ai peur je ne peux pas me blesser je continue je marche plus vite je n’entends rien silêncio assustado une branche toute douce verte de cet après-midi le pommier cela veux dire que j’arrive

reli(r)e le paysage – Maxime Guedaly

*Sur la photo, Brigitte Laval, apicultrice

 
vidéo 2 : boscàs, silence des bogues_étude du 15 oct 25, théâtre des lauzes. Vidéo enregistrée par Maxime Guedaly.

 

jour 6 le samedi 11 octobre 2025, ametonyo

 

Les deux mains serrées en poignes. les bras soutiennent le poids des mains. je sens ce poids. elles pulsent, les mains. doucement, je serre les doigts contre les mains. elles pulsent. sans trop de force. les bras posent ces mains serrées dans l’air. une après l’autre, des fois ensemble. je suis déplacé par ces mains doucement serrées. des fois elles se touchent gentiment, comme par hasard, comme par attraction. assombro. les doigts s’ouvrent, ils pulsent. ils se referment. les bras gagnent un autre rythme avec ces vas-et-viens des doigts. les bogues s’ouvrent et se referment. toutes les directions. des épines partout. mes cheveux. les bogues mûres ou encore vertes tombent des fois en décalage de temps. les feuilles d’arbres amortissent leurs chutes. cela s’entend jusqu’à son arrivée au sol, ouvertes ou encore fermées. ça pique. le toucher. ça pique. les toucher, ça pique. massage vibrant par les bras en toutes directions, les pieds, les genoux, la tête. les mains fermées flottent en suspension. les bogues vibrent. elles s’accumulent par terre. c’est dangereux, attention. ça pique. marchez doucement, ça pique. ça tombe. doucement. silence. les mains fermées en poignes se rapprochent. je souffle à son intérieur. silence des bogues.

 

L’atelier transformé en camera obscura
 

(Maxime) En m’inscrivant suivant ce principe du être avec, cela m’a amené à retrouver ce qui fait l’origine de la pratique photographique. Les cartons, glanés pour certains, empruntés à Cendrine pour d’autres, ont permis de plonger l’atelier dans l’obscurité. Puis, en faisant quelques trous, c’est tout l’espace qui agit comme le boitier d’un appareil photo. — L’après-midi de la rencontre Labo, j’invitais ensuite à voir à l’intérieur le paysage renversé que faisait apparaitre la lumière. Ce faisant, je réalisais que cette expérience que nous partagions était aussi celle de notre regard. La perception du paysage nous arrive renversée au fond de la rétine, ce n’est que par une opération mentale que nous le saisissons dans l’autre sens. “Sens” inscrit dans nos corps, et tout ce qui nous entoure, par la gravité. Bientôt, le carton allait devenir la surface de nos regards et impressions partagées.

Carthographie de la rencontre labo du 19 octobre par Ametonyo
reli(r)e le paysage – Maxime Guedaly
 

Rencontre Labo, le dimanche 15 octobre 2025 à l’Atelier refuge. À droite, départ au Café de Martin.

reli(r)e le paysage – Maxime Guedaly

*Sur la photo, Mel García Lueches, chorégraphe et danseur·euse.

Fanzine-cadeau en fin de résidence
Cartes postales – reli(r)e le paysage – Maxime Guedaly
 
op1_cahier de résidence_Ametonyo Silva_sentier de lauzes_oct2025
 
reli(r)e le paysage – Maxime Guedaly
À droite, Ametonyo continue l’investigation d’une danse en dialogue avec la châtaigne.
 

reli(r)e le paysage – Maxime Guedaly

Traces récoltées par Ametonyo Silva et Maxime Guedaly, avril 2026.

 

Merci pour l’accueil chaleureux et pour tout ce que vous nous avez offert :
David, Eric, Julie, Ginette V., Lorraine, Cendrine, Pascal, Martin, Fanny, Vincent, Brigitte, Paul, Angélique, Irma, Anouck, Ginette M., Jean-Rémi… Merci à Nicolas de la P’tite imprimerie d’Aubenas. Merci également à Camille Simonnet (et à sa voiture), à Anne Kerzerho et à tou·te·s celles et ceux qui nous ont soutenus pendant cette résidence et qui ont été présent·e·s à la Rencontre Labo du 19 octobre.

 

Ametonyo Silva en résidence 2025 au Laboratoires d’Aubervilliers


Événements

[ Rencontre Labo ] AMETONYO SILVA

> RESIDENCE | > Résidence Labo | Danse

Dimanche 19 octobre, 13H et 15H

Saint-Mélany | deux RDV

[ Rencontre Labo ] AMETONYO SILVA

Artiste chorégraphique d’origine brésilienne, Ametonyo Silva nourrit sa recherche chorégraphique de nombreux déplacements migratoires en poursuivant la sensation d’assombro, que l’on peut traduire en français par un sentiment d’émerveillement et de peur en même temps. Son projet est de fabriquer des liens entre migration, mémoire et territoire tout en œuvrant au réenchantement de la vie…

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