Lise Fovet

[ Résidence labo avril et septembre 2025 ] Pierres, ronces et pain, Lise Fovet
Le refuge et les pierres
Je découvre l’art de la pierre sèche sur la cote du Pal à Montpezat-sous-Bauzon. C’est un chantier école. Sur la brèche c’est Marc, Manu, Anne-Lise, Maxime, Anaïs, Guillaume, Hermine, Hugues, Christophe, Loïc, Jeraldo, Marie-Lucie, Elise, Pierre, Dominique, Lise.
J’aime la convivialité qui se joue dans la brèche et l’effort. Je suis touchée par le temps que l’on se donne pour bien faire et la complexité de cette pratique. Se faire une place dans le paysage tout en composant avec lui. Les temps géologiques. Les pierres comme matière et compagnes.
Sur le territoire ardéchois, j’entends friche, abandon. Des terrasses et des calades en ruines. Et puis, cette référence aux anciens. Les anciens qui jetaient les pierres, tellement ils connaissaient le geste de bâtir et les pierres –j’imagine. Qui les a vus ? Sont-ils vieux ?
Il me semble que l’histoire ne s’arrête pas aux anciens, que l’on bâtit pour habiter, plus que pour se souvenir.
J’ai une envie débordante et naïve de prendre à bras le corps le présent des ouvrages, de parler travaux, de voir l’Ardèche au quotidien, de rencontrer des vivants et leurs attachements aux reliefs chahutés qui te demandent tes mains, tes pieds et ta tête.
Je m’installe alors à l’atelier refuge de Saint-Mélany. Dans un Cahier de pierre, je raconte le territoire par les gestes et les ouvrages qui rythment le quotidien. Dans ce carnet unique, je déploie au fil de mes marches, un journal, des peintures d’ouvrages contemporains de pierre sèche, des cyanotypes.
cyanotypes virés à la décoction de châtaignier © Lise Fovet, 2025
Cette résidence est une immersion intime dans les hameaux, les jardins, les foyers. L’atelier refuge devient pour moi un moyen d’accueillir les habitants et d’offrir un regard sur le paysage en partageant un repas. La nourriture raconte bien les terrasses de cultures bâties pour la subsistance (céréale, châtaigne, vigne).
cahier de pierre © Lise Fovet, 2025
Pour la restitution, j’imagine un goûter des lauzes composé de pains plats – farines blé et châtaigne -, de sirops des terrasses – ronces, mûres et feuilles de figuier -, de fromages de brebis.

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Lise Fovet est designeuse, formée aux questions du paysage. Au cœur de son sujet de recherche : Fabriquer un récit qui ne soit pas hors sol et participe à vivre le paysage au quotidien. Son hypothèse : faire l’expérience des savoir-faire et expérimenter d’autres relations, d’autres dynamiques que celles strictement productivistes.
